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Au delà du récit de cette aventure extraordinaire, cette page est avant tout un hommage à André Lièvre. (1914 - 1996)

Enfant du pays, il a vécu 82 ans à Ranchal et en a été le garde champêtre pendant 40 ans. Infatigable travailleur et inépuisable marcheur, apprécié de tous, il se dépensait sans compter pour son village et pour Notre Dame de la Rochette.

 

 
 

André Lièvre est né à Ranchal le premier juin 1914, il a effectué son service militaire pendant 2 ans de 1935 à 1937. Malchanceux comme tous ceux de sa classe, moins de deux ans plus tard (le 28 août 1939) il était rappelé pour défendre son pays contre l'envahisseur Allemand. Il était alors incorporé comme deuxième classe dans le 204ème régiment (204° R.A.D, 18ème batterie.Matricule 5024).

Pour rajouter à son infortune, il fut capturé par les allemands le 20 juin 1940 à "Damas au bois" dans les Vosges. Il fut emmené jusqu'à Lunéville puis, à marche forcée pendant 45 Kms jusqu'à Dieuse.

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Prisonniers de guerre français

C'est là que, (Comme 80 000 français) il a été embarqué dans des wagons à bestiaux vers le  camp de Trèves puis, plus précisément vers le stalag 12 C. Dans les bâtiments des stalags sans chauffage les prisonniers couchaient sur la paille avec une couverture comme seule protection.  Il  a peut être croisé Jean Paul Sartre qui  fût incarcéré au même moment au même endroit et qui s'est évadé en mars 1941.

Là bas, les agriculteurs allemands heureux de trouver une main d'oeuvre gratuite pour remplacer les hommes sur le front, venaient, (je le cite) "les choisir comme des bêtes". 
C'est ainsi qu'il se retrouva à Rümmelsheim, petit village viticole sur le bord du Rhin.


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Entrée du stalag XII A   

Enfin, la chance daigna sourire à André en le mettant entre les mains d'une très bonne famille ou il fût, contrairement à nombre de ses compagnons, bien traité et surtout bien nourri. Un de ses amis, Edmond Pelle, soufrait de malnutrition dans une ferme voisine et André lui apportait à manger le soir en rentrant à la ferme.

Dortoir stalag XII A    

C'est avec lui et un troisième compère (Antoine Brondel dit "Tony") qu'ils décident de tenter une évasion au péril de leur vie, il aimait à dire que "ses parents et son clocher lui manquaient".
Le projet mûrit dans leur esprit et, le 22 juin 1941, 2 jours après le premier anniversaire de sa capture, il s'évade en sortant par une trappe située à l'arrière du bâtiment. Il a quelques réserves dans sa besace préparée depuis longtemps et cachée dans les bois avec celles de ces complices. Les agriculteurs chez qui il travaillait connaissaient son projet  mais ils ne le dénoncèrent pas. Ils avaient certainement du s'attacher à cet homme si sympathique et si travailleur.

Grâce à une carte qu'ils avaient pu se procurer (voir photos ci-contre) et à une boussole qu'ils avaient fabriquée eux même, ils vont parcourir l'Allemagne à pied  pendant une vingtaine de jours. Ils ne se déplaçaient que de nuit, se cachant du lever au coucher du soleil, pendant que deux d'entre eux se reposaient, le troisième montait la garde. 
Ils arrivaient parfois à se ravitailler en chapardant des oeufs ou des fromages dans des fermes, en trayant les vaches dans les près. Ils souffrirent tout de même beaucoup de la faim et surtout de la soif.  A plusieurs reprises ils  furent contraints de boire l'eau des marres et de lécher la rosée matinale posée sur les feuilles des arbres. .

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Après avoir parcouru près de 300 Kms à pied, ils arrivèrent à Pont à Mousson en zone occupée. Ils se risquèrent à prendre le train à deux reprises de Pont à Mousson à Vesoul puis de Vesoul jusqu'à "Andelot la montagne", Jura. (Voir carte de la France de 1941 ci-contre)

C'est une passeuse polonaise qui, en échange de 100 francs, leur fit franchir la ligne de démarcation à "Andelot la montagne" le 10 juillet 1941 à midi .(20 Kms Est Sud-est d'Arbois)

André pu enfin revoir ses parents et son clocher... Il fût démobilisé le 16 juillet 1941 à Bourg. 

Trajet de l'évasion

Post-scriptum :

L'ironie voulu qu'à son retour à Ranchal, une fois sa situation régularisée par l'armée française, Monsieur Lièvre fût employé pour la garde du camp radar allemand des écorbans (Voir page "camp allemand").

Il apprit plus tard que la passeuse Polonaise d'Andelot fut tuée par les Allemands.

Malgré de longues recherches, je n'ai trouvé que très peu d'archives sur le stalag XII C : Il dépendait du camp de Trèves (Trier) bien que situé à près de 100 Kms de cette ville. Il était divisé en plusieurs unités à Wiebelsheim et Oberwesel. Un texte de 1946 fait état du médecin chef du camp décrit comme cruel  et coutumier d'absurdités féroces. Il aurait causé plusieurs morts et mutilations. Ce stalag fût dissout en octobre 1941 et les prisonniers furent répartis dans les stalags XII A & XII D.

L'amitié nouée par les trois complices d'évasion ne s'est jamais éteinte , il sont restés en contact toute leur vie et se revoyaient régulièrement. 
(Photo : Les trois évadés à la retraite. Monsieur Lièvre  à gauche, Edmond Pelle au centre et Antoine Brondel à droite. La photo d'origine est floue)
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Plus de quarante ans après son évasion, André Lièvre est retourné en Allemagne, a retrouvé l'agricultrice chez qui il travaillait. Il fût accueilli très chaleureusement et c'est avec beaucoup d'émotion qu'ils retournèrent ensemble voir la trappe par laquelle il s'était échappé....

(Merci à Madame Lièvre et à ses enfants qui ont permis la réalisation de cette page)

 
 
 

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