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Le seul bâtiment encore debout
(N° 9 sur le plan) |
Les photos sont des miniatures, cliquez dessus pour les voir en format normal.
Vous trouverez en bas de page un plan et la description complète des bâtiments. |
Entrée de sous sol et cheminée
(N° 7 sur le plan) |
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Base hexagonale de radar
(N° 11 sur le plan) |
Assises de bâtiments
(N° 12 sur le plan) |
Base hexagonale de radar
(N° 1 sur le plan) |
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Réservoir d'eau à ciel ouvert
(N° 6 sur le plan) |
Réservoir d'eau potable
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Escalier d'accès à un bâtiment
(N° 5 sur le plan) |
L'histoire du camp allemand
Le camp allemand a été construit à Ranchal à partir de la fin de l'année 1942 et démonté en Juin 1944.
Je tiens à remercier vivement Monsieur Jean Forest qui a fait une étude très complète sur le sujet en 2002, c'est sur cette dernière que s'appuient la plupart des informations qui suivent.
En 1943, ce Monsieur découvrit sur la commune de Saint Vincent une quantité de petites bandelettes d'aluminium (1 cm x 25 cm). Il su plus tard que ces feuilles étaient larguées par la royal air force pour tromper les radars allemands de détection des vols anglais. A la fin 1939, les allemands possédaient déjà des bases radar (Sylt, Wangerroge). Ranchal était-il une base de radar aérien dont les anglais avaient déjà connaissance ?
Le 19 juin 1940, c'est l'invasion du Rhône par les troupes allemandes qui passèrent par Chauffailles puis le col des Echarmeaux et la vallée d'Azergues (On parle de 168 véhicules et de 3 à 4 000 hommes). Une colonne motorisée bifurqua au col des écharmeaux pour traverser Ranchal et stationner pendant une heure aux filatures.
En 1942, les occupants n'étaient certainement pas revenus dans la région de Ranchal depuis ce jour de 1940.
Fin 1942, le terrain choisi pour l'établissement du camp n'est pas très arboré, seulement quelques sapins disséminés, des arbustes et des fougères. Deux civils allemands arrivent à Ranchal, un ingénieur et un traducteur (Ils logèrent à l'hôtel aux écharmeaux puis à l'hôtel Bancillon de Chansayes.) Deux entreprises vinrent ensuite pour travailler avec environ 150 ouvriers. (Lapalette, Paris et Mayat, Lyon).
Toute l'industrie textile de la région avait périclité à cause de la guerre et de nombreux habitants n'avaient plus de travail. Le recrutement du personnel pour la construction du camp de Ranchal se fit par deux allemands. Plusieurs Ranchalais y travaillaient. Les Ranchalais voyaient le soir des groupes importants d'ouvriers redescendre au dessus du village à travers les près. Par le trajet le plus court, ils rejoignaient le bourg ou certains logeaient dans les maisons du village et où beaucoup prenaient leur repas à l'hôtel restaurant Burnichon. Tous les terrassements étaient faits à la pelle et à la pioche. Le personnel n'était pas très actif puisque très peu motivé pour travailler avec l'envahisseur. La plupart étaient des chômeurs qui le faisaient par nécessité vitale et des jeunes des classes 1940-1941-1942, concernés par le service du travail obligatoire, ils évitaient ainsi d'être déporté pour aller travailler en Allemagne.
La surface du camp était d'un peu plus de trois hectares, 270 m de long et 140 m de large. Tout le matériel arrivait par wagons en gare de Chauffailles et de Belleroche, des transporteurs locaux prenaient le relais jusqu'au col des écorbans.
| Un jour, le camp en construction fut visité par l'officier supérieur allemand à l'origine du camp, le général Kammhuber venu inspecter les travaux (Photo ci-contre). Il a indiqué clairement que les jeunes employés ici au titre du STO devraient partir en Allemagne pour travailler là-bas. L'un d'eux a alors immédiatement déserté (Monsieur Desfeuillet). Peu après cette visite, les gendarmes français sont venus au camp pour chercher les « STO », certains se sont alors échappés, puis, devenus réfractaires, ils durent se cacher jusqu'à la fin de la guerre. |

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L'occupant avait semble-t-il privilégié l'installation rapide d'un radar, avec son poste de commandement, il était alors interdit au personnel d'accéder à la partie haute du camp ou seule l'entreprise Lapalette était intervenue. Les premiers soldats allemands sont arrivés en août 1943, ils logeaient chez les habitants de Belleroche et de Poule (A Poule, ils étaient des « malgré-nous » belges).
Un petit cirque s'était installé à Poule. Un soir, pendant le spectacle, un clown raconta des histoires contre les « boches », les militaires allemands présents dans la salle n'eurent aucune réaction. Un jeune homme de Poule, a voulu par curiosité voir le camp et une sentinelle l'a intercepté, on l'a simplement fait travailler le reste de la journée puis libéré le soir. Les troupes qui surveillaient ces camps radars étaient bien différentes des autres unités allemandes. C'était les « Luftnachrichten » (Les nouvelles de l'air). Heureusement pour la population, les ordres devaient être d'éviter toute action violente à l'égard des habitants de chaque région, même à l'égard des curieux venus observer. Il semblerait que les allemands avaient quelques problèmes de ravitaillement, ils allaient de ferme en ferme mais les agriculteurs n'étaient pas très disposés à leur égard. Malgré cela, apparemment, ils ne procédèrent à aucune réquisition. Ils avaient de bons rapports avec la population, faisaient leurs courses dans les épiceries, consommaient au café avec les gens du pays mais aucun d'eux ne fréquentait l'église, même le dimanche pour le culte. L'interprète civil (Monsieur Kallenbach) s'était installé avec sa femme et ses deux filles dans une maison du bourg de Ranchal réquisitionnée . Ses deux petites filles allaient à l'école et parlaient bien le français, ce qui n'était pas le cas de leur père. (Kallenbach a été fusillé à Poule au lieu dit "la scierie" le 14 juin 1944 par la résistance car accusé, à tord selon certain, d'avoir dénoncé les résistants de Thel. Enterré provisoirement à Poule, sa femme revint quelques temps plus tard pour faire rapatrier son corps en Allemagne.)
Certains témoignages font état d'une parabole métallique au camp. L'emplacement du camp à 870 m d'altitude entre les vallées de la Saône et de la Loire confirme l'hypothèse « radar », en effet ces deux fleuves servaient de repères et de guidage pour les avions et surtout pour les vols de nuit anglais effectués à la pleine lune. Le camp ne possédait pas de défense antiaérienne mais il pouvait être équipé d'une balise radio pour guider les avions ainsi que d'un système d'écoute permanent des longueur d'onde de la chasse aérienne comme dans les autres bases. D'autres bases radar ont été construites par les allemands dans la région, notamment en 1942 à Montagny les Buxy (Saône et Loire) et à Chazelles sur Lyon (Loire). Les constructions étaient semblables à celles de Ranchal, bâtiments préfabriqués sur des assises bétonnées avec isolation grâce à de la laine de verre (Matière encore inconnue dans la région à cette époque).
En 1944, les allemands du camp se sentaient entourés de tous cotés par les maquisards. Les actions de sabotages de la résistance contre les lignes de chemin de fer de la vallée d'Azergues devenaient de plus en plus fréquentes. Les allemands qui rentraient en permission par cette ligne disparaissaient souvent sans laisser de traces.
Peu après le 6 juin 1944 (débarquement), les allemands procèdent au démontage complet des installations, du radar, des équipements et des bâtiments préfabriqués du camp. Tous ces matériels furent acheminés en gare de Belleroche par les mêmes transporteurs locaux que pour la construction.
Ces derniers, originaires de Propières, ont réussi à subtiliser les éléments d'un bâtiment qui a ensuite servi de salle des fêtes pour leur village près de la mairie. Ce bâtiment fut appelé "la cabane noire" et on arrêta de l'utiliser vers 1970 pour cause de non-conformité aux normes de sécurité. J'ai retrouvé à Propières la personne qui a détruit la cabane en 1970, il a récupéré le plancher allemand et l'utilise toujours chez lui ! Belle qualité, non ?
Selon certaines informations non vérifiables, les Allemands du camp de Ranchal seraient tous tombés sous les balles de la résistance près de Belleville sur Saône alors qu'ils essayaient de rejoindre leur pays.
Annexes :
Des recherches sur internet m'ont permis de mieux connaître Le général Kammhuber :
Josef Kammhuber, fils d'un fermier, est né à Alz en 1896. Il a rejoint l'armée allemande en tant que volontaire en 1914 ou il combattit à Verdun. En 1933 il est transféré dans la « Luftwaffe ». Le 17 juillet 1940, Hitler lui confie le commandement de la chasse aérienne de nuit (Nachtjagd-Division). Il est à l'origine de la ligne de défense alliant chasseurs de nuit et radars qui porte son nom : la ligne Kammhuber qui s'étendait du Danemark au centre de la France et dont Ranchal était l'un des derniers camps radar. Il est mort en 1986. |
Le Général Kammhuber serrant la main d'Hitler.
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Radar Wurzburg Riese (Musée de Douvres la D.)
Type de radar : Mes dernières recherches dans les archives de guerre allemandes m'apprennent que les deux radars ranchalais étaient de type Wurzburg Riese FuMG 65.(Parabole de 7.5 mètres de diamètre, balayage à 360 degrés, fréquence 560 mhz).
Le radar Würzburg fut conçu en 1936 chez Telefunken. Après deux ans de mise au point, le premier modèle opérationnel fut présenté à Hitler en 1939. Le modèle Riese (géant) fut l'aboutissement de la recherche (1941). Il permettait de mesurer la distance, le relèvement et le site des appareils, avec une précision d'environ 15 mètres. Construit à 1.500 exemplaires, le Würzburg Riese a été utilisé en radioastronomie longtemps après la guerre. On peut encore en voir un à Douvres la délivrance dans le Calvados (Photo ci-dessus)
Ces radars étaient les piliers de la défense anti-aérienne allemande et allaient souvent par deux. Pendant que l'un traquait les appareils et les suivait, l'autre réglait les tirs de la DCA (Flugabwehrkanon ; "Flak" en abrégé) ou guidait les chasseurs chargés de l'interception (Junkers 88G et Messerschmitt BF 110, basés à Bron, à Ambérieu et à Valence).
Compagnie affectée au camp de Ranchal : 17ème Flugmelde-Leit Kompanie / Ln.-Rgt 51.
Nom de code allemand de la station radar de Ranchal : "Bernhardiner". Les noms de code des stations radars commençaient toujours par la première lettre de la ville la plus proche. Pour Ranchal, le nom "Bernhardiner" commence par un B comme "Belmont". En français, il signifie "Saint Bernard" dans le sens de la race canine. (Nous aurions pu tomber plus mal, un camp français portait le nom de code "Bastard"...)
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Radar Wurzburg Riese FuMG 65
Intérieur de la cabine du radar
Ecran du radar
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Zone de couverture : Sur la carte ci-contre extraite des archives militaires allemandes, nous voyons bien la zone de couverture du radar "Bernhardiner". D'un rayon de 30 kilomètres environ elle s'étend jusqu'à Roanne, Villefranche et Mâcon.
Sortant de cette zone, les avions alliés entraient dans celles couvertes par les radars de Chazelles sur Lyon au sud (Nom de code "Falter"), Décines Charpieu au sud-est (Nom de code "Leguan"), Bourg en Bresse au Nord Est (Nom de code "Maulwurf"), Montagny les Buxy au Nord (Nom de code "Buchfink"). On visualise bien le chevauchement et la complémentarité de ces différentes zones sur la carte ci-contre. |

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Croquis général du camp
et description des constructions

| Pour vous rendre sur le site : De Ranchal, il vous faut rejoindre le col des écorbans (sur la route départementale D 10 en direction des écharmeaux) puis prendre le chemin de terre qui part à droite direction sud est vers le col de Favardy. Les premières ruines sont le long du chemin sur la droite à environ 400 m du col. (Voir plan ci-contre) |
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J'ai dessiné le petit croquis ci-dessus pour vous permettre de vous orienter dans le camp. L'emprise au sol des bâtiments était tout de même de près de 3 000 m2 ! De nos jours on peu y dénombrer les restes de 12 constructions : (Voir plan général ci-dessus)
L'idéal pour une visite complète est d'imprimer entièrement cette page, grâce au plan, vous pourrez trouver facilement chaque bâtiment et lire leurs descriptions en les parcourant. En lisant l'histoire du camp à vos enfants sur place, vous pourrez déborder sur toute l'histoire de la deuxième guerre mondiale et leur donner ainsi un excellent cours d'histoire tout en leur faisant prendre un bon bol d'air .
1 : Embase hexagonale de radar (tenant dans un cercle de 4.65 m) haute de 1.20 m. Dans chacun des 6 angles, une tige filetée haute de 35 cm et de 35 mm de diamètre servant à la fixation du radar.
2 : Assise en béton d'un bâtiment de 9 m sur 6m. (54 m2)
3 : Réservoir d'eau potable ressemblant à un blockhaus et couramment nommé ainsi par les Ranchalais. C'est un cube de béton de 3.45 m de coté et de 3.22 m de haut avec des piliers contreforts de chaque coté. Le seul accès est une petite ouverture sur le dessus. Il pouvait contenir environ 17 mètres cubes d'eau et était alimenté par une pompe depuis le captage d'une source sous le col des écorbans (Aujourd'hui captage de la commune). NB : J'ai eu la surprise lors de ma dernière visite de le trouver à moitiè plein de divers objets métalliques : panneaux, plaques automobiles, sécateurs rouillés, tondeuse à gazon etc.… On se demande vraiment pourquoi quelqu'un a pris la peine de venir dans le bois puis de monter sur le réservoir et enfin de faire passer ces objets par la petite trappe ???? et transformer ainsi le vestige en dépotoir…
4 : Assises de bâtiments de 87 m. de long apparemment équipé de 12 cheminées. (Surface au sol : près de 1000 mètres carrés !) Ce bâtiment à l'air de présenter en partie les mêmes disposition que le numéro 5, il devait donc partiellement servir de dortoir. La partie de l'édifice en forme de « T » abritait la salle de contrôle des radars, on le sait car les autres camps avaient la même.
5 : Assise de bâtiment long de 42 m. large de 12.5 m. (Surface : 525 m2.) En suivant l'escalier extérieur, on remarque un couloir central. De part et d'autre étaient disposées des cheminées tous les 6.5 m. On peut imaginer un cloisonnement entre chaque cheminée et donc 7 chambres de 27 m2 de chaque coté soit 14 pour ce bâtiment.
6 : Réservoir d'eau à ciel ouvert de 8 m de long, large de 4.4 m et de 3 m de profondeur. (35 m2). Couramment appelé « la piscine » par les Ranchalais, il devait être un réservoir d'eau prévu en cas d'incendie. Pour éviter un accident, des forestiers l'ont partiellement comblé avec des branches.
7 : Assise de bâtiment de 42 m de long sur 13 m de large (Surface 546 m2). Les témoignages parlent d'une façade de baies vitrées coté escalier lui donnant un bel aspect. Il devait servir de foyer et/ou de restaurants aux militaires. La grosse cheminée encore debout était peut être celle des cuisines. Il reste une ouverture (2.7 m / 1 m) sur la gauche du bâtiment donnant accès à une salle souterraine qui était, semble-t-il un abri souterrain.
8 : Assise de bâtiment long de 56 m et large de 13 m (728 m2). Dalle en béton de 75 m2 sur la droite du bâtiment.
9 : Seul bâtiment important construit en dur et encore debout aujourd'hui. Longueur 9 m largeur 7 m (63 m2), il était surmonté d'une tour dans le haut de laquelle arrivait la ligne électrique haute tension tirée depuis le transformateur de Ranchal. Se trouvait là également un transformateur. Comme dans la bases radar de Montagny les Buxy (71), un groupe électrogène devait certainement se trouver dans l'autre partie du bâtiment pour prendre le relais en cas de coupure (bombardement ou sabotage).
10 : Assise de bâtiment carré de 5 m de coté (25 m2). Peut être le poste de garde de l'entrée du camp ?
11 & 12 : Une embase de radar identique à la première se trouve à 200 mètres environ au sud de celle-ci (à droite sur la carte). Une assise de bâtiment de 9m de long et de 6 m de large (55 m2) se trouve à 35 m au Nord Est de cette embase.
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ANNEXES
Voici un livre qui mérite le détour et qui mérite sa place ici car...il commence au camp allemand de Ranchal. C'est en fait l'engagement d'un homme dans la résistance qui débute par l'espionnage du camp, son histoire a été admirablement reconstituée par son fils dans un livre historique de 300 pages, émouvant et très intéressant qui vient de paraitre.
(Ce Monsieur a vu son père pour la dernière fois à l'automne 1943 chez Félix Longin au lieu-dit "goutte-romaine" à Saint Vincent de Reins ou il logeait pendant la guerre - tout témoignage serait le bienvenu)
Vous pouvez l'acheter en envoyant un cheque de 23 euros à : (20 euros + 3 euros de frais de port)

Couverture |
Michel Caron, 6 rue Anne Frank
38550 St Maurice l’Exil.
Tél . 04 74 86 59 07 - port. 06 21 87 10 82
michel.caron32@sfr.fr |

Michel Caron (père)
alias Maurice Carrier
dans la Résistance |
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